Voici un article paru dans le dernier numéro du magazine Coyote Mag (que je recommande à tous au passage ^^):
Adaptation du manga éponyme, BLACK CAT vient s'ajouter à la longue liste des récentes productions Gonzo. Avec ce pur produit de commande, le studio clôt une année 2005 marquée par d'excellentes créations originales (SPEDD GRAPHER, TRINITY BLOOD, SOLTY REI). Diffusés depuis octobre 2005 sur TBS, les premiers des 52 épisodes de cette série au long cours démontrent bien qu'il s'agit là d'un spectacle tout à fait recommandable, à grignoter entre deux tueries animées.
Le bras arme la mortBlack Cat est le treizième tueur d'une organisation secrète séculaire, dominée par Chronos, son imposante figure patriarcale. Cow-boy soliste impassible, le Cat est d'autant plus redouté de ses pairs qu'il est supposé frappé d'une malédiction, d'où ce chiffre XIII tatoué sur son torse et son calibre. Black Cat exécute ses contrats sans ciller mais est torturé par le souvenir de ses parents assassinés, un dilemme qui le retient d'appuyer sur la gâchette lors d'une mission. Une erreur et une fillette (sa cible) qu'il comptait rectifier pour finalement quitter brutalement son job au sein de Chronos Murder Inc. La fillette sauvée d'une bastos en pleine tête s'avère être une arme vivante, née de magouillesmilitaro-scientifiques, et le Cat change de vie et d'identité. Il fome désormais un duo de chasseurs de prime avec Sven, un gentleman pistolero rencontré au détours de cette dernière mission inachevée.
Une première intrigue (en attendant le déploiement de ses ramifications tentaculaires) qui voit donc son héros endosser le rôle du repenti en fuite, et qui met en place de nombreux autres éléments laissés en suspens par COYOTE afin de ne pas spoile un scénario réorganisant la trame des 20 tomes du manga. Le fond reste identique mais la forme chronologique de cette adaptation prend le contre-pied de sa version papier, qui démarrait sur le duo Black Cat / Sven pour ensuite éclairer le sinistre passif du Cat en flash-back. Le mangaka Kentarô Yabuki se ménageait ainsi un excellent suspense en début de série, et l'anime démarre de manière tout de suite plus évidente, trop classique. Un choix hué par les fans du manga sur ls forums du web entier alors même qu'il n'est pas le seul sujet de grogne soulevé par l'anime...
Mes deux mains gauchesCes maladresses scénaristiques sont symptomatiques de la lourdeur du travail d'adaptation. Le chara-design de Kentarô Yabuki souffrait d'un manque d'originalité, mais sa nécessaire simplification (pour faciliter le travail d'animation) ne lui laisse que ses grandes lignes évasives. Les persos y perdent une bonne dose de style et de charisme pour y gagner une mise en couleur impersonnelle. Un allègement qui fait écho à une psychologie plus stéréotypée que sur papier et quelques gimmicks stressants (Sven devenant par exemple un gentleman cabotin aux paroles et tics répétitivement ridicules). Un manque de finesse qui en vient même à décrédibiliser la volte-face de son héros, passé de ueur impassible à joyeux ado en un clin d'oeil trop rapide.
Gonzo fait le choix honorable d'une adaptation non linéaire (un cas rare sur ce type de production), mais peine à se réapproprier le matériau originel. Le travail fourni par le duo de scénaristes Shuuichi Kouyama et Yuichiro Takeda assure un rythme impulsif, soit le minimum nécessaire à tout bon shônen. Mais leur performance déçoit puisque située plusieurs crans en-dessous de leurs rares expériences passées (les scripts de GANKUTSUOU et XENOSAGA). Globalement, le studio ne semble pas se donner les moyens de fournir un travail abouti. Stigmate le plus voyant: le staff réuni autours du projet BLACK CAT n'est pas exactement une dream team mais plutôt un banc de remplaçants méritants.
Retomber sur mes piedsComme toute série au long ours, BLACK CAT est une coproduction bardée de sous-traitants. Une logique et une durée induisant une qualité visuelle irrégulière, mais rien de choquanr pour un anime qui se rattrape sur sa direction artistique. Une charge inombée à Shigemi Ikeda, l'un des rares hommes d'expérience du staff, avec une quarantaine de titres au compteur en 20 ans de carrière (de BUBBLEGUM CRISIS à YAKITAKE!! JA-PAN en passant par la saga MOBILE SUIT GUNDAM). Si les scènes de jour ne brillent pas par leur mise en lumière (fade), les extérieurs nuits sont remarquables, créant une ambiance en phase avec son sombre héros, malgré un léger abus de filtres qui sert aussi à masquer la mise en couleur ratée du chara-design. Une ambiance soutenue par une bande-son, surprenante de variété et de discrétion (hormis les débordements emphatiques habituels), confiée à un solide exécutant, remarqué sur L'AUTRE MONDE et ANGEL HEART (Taku Iwasaki). L'animation est régulière même si la mise en scène recourt trop souvent aux poses figées, zomms à rallonge et autres astuces pour économiser de précieuses images/seconde.
Un bilan plutôt moyen qui n'est même pas un échec, TBS (le diffuseur et co-producteur) ayant avant tout recommandé un anime apte à remplir le cahier des charges du bon gros shônen pour ados, et non pas une révolution graphique. Après SOLTY REI, Gonzo démontre à nouveau avec BLACK CAT sa capacité à délivrer une série techniquement sans éclat sans que cela n'en plombe l'intérêt. Le manque d'ambition de cette adaptation n'empêche pas le spectacle et il faut être un toxico des OAV à l'esthétique démente (KARAS, pour n'en citer qu'une) pour sentir des remontées acides à la vision de BLACK CAT.
Sans descendre l'anime en flèche (on sent quand même qu'ils se sont contenus, ou c'est juste une impression? ^^"), j'suis totalement d'accord avec eux (même si j'aime que moyennement le résumé qu'ils en ont fait XD).
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